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La Parole de Dieu
Un autre point est intimement lié au sujet traité dans la lettre précédente : c’est la place que la Parole de Dieu occupe dans l’œuvre de l’évangélisation. Dans ma dernière lettre je me suis occupé du travail du Saint Esprit, et de l’immense importance qu’il y a à Lui laisser la place qui Lui appartient. Je n’ai pas besoin de vous dire combien la Parole de Dieu est clairement liée à l’action du Saint Esprit. Tous les deux sont inséparablement associés dans les paroles marquantes de notre Seigneur à Nicodème, si peu comprises, malheureusement si mal appliquées : « Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jean 3:5).
Il ne fait aucun doute pour vous et moi que, dans le passage ci-dessus, c’est la Parole qui est présentée sous l’image de « l’eau ». Dieu merci, nous ne sommes pas disposés à accréditer l’absurdité de la régénération par le moyen du rituel du baptême. Nous sommes entièrement convaincus que personne n’a eu, ni n’aura, ni ne pourrait obtenir la vie par le moyen de l’eau du baptême. Tous ceux qui croient en Christ doivent être baptisés, mais c’est totalement différent de l’erreur fatale de substituer un rite à la mort expiatoire de Christ, à la puissance régénératrice du Saint Esprit, et à l’action vivifiante de la Parole de Dieu. Je ne perdrai pas votre temps ni le mien à combattre cette erreur, certain que vous êtes d’accord avec moi que, quand le Seigneur parle d’être « né d’eau et de l’Esprit », Il parle de la Parole et du Saint Esprit.
Ainsi c’est la Parole qui est l’instrument suprême à utiliser dans le travail d’évangélisation. Plusieurs passages de l’Écriture Sainte établissent cela avec une telle clarté et une telle netteté que cela ne supporte aucune contradiction. En Jacques 1:18, nous lisons : « De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de la vérité ». De même, en 1 Pierre 1:23, nous lisons : « vous qui êtes régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu ». Et la suite du passage, qui est d’une importance capitale en rapport avec notre sujet : « Parce que toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe : l’herbe a séché et sa fleur est tombée, mais la parole du Seigneur demeure éternellement. Or c’est cette parole qui vous a été annoncée ».
Ce dernier verset est d’une valeur incalculable pour l’évangéliste : la Parole de Dieu est clairement l’instrument, le seul, celui qui est pleinement suffisant, qu’il ait à utiliser dans son glorieux travail. Il doit apporter la Parole aux gens ; plus il le fera simplement, mieux ce sera. L’eau pure doit pouvoir couler du cœur de Dieu vers le cœur du pécheur, sans être colorée par le canal à travers lequel elle passe. L’évangéliste doit prêcher la Parole, et il doit la prêcher en toute dépendance de la puissance du Saint Esprit. C’est le vrai secret d’une prédication efficace.
Mais bien cher A—, si j’insiste sur ce point, et je crois qu’on ne pourra jamais trop le faire, je suis loin de penser que l’évangéliste doive exposer à ses auditeurs vérités sur vérités. Au contraire, ce serait une grave erreur. Il doit laisser cela au docteur ou au pasteur. Je crains que souvent une grande partie de notre prédication ne passe par-dessus la tête de nos auditeurs, parce que nous cherchons à exposer des vérités plutôt qu’à atteindre les âmes. Nous sommes peut-être satisfaits d’avoir donné un message très clair et énergique, un exposé de l’Écriture très intéressant, très instructif, quelque chose de très utile pour les enfants de Dieu ; mais l’auditeur inconverti n’a été ni remué, ni atteint, ni touché, il n’y a rien eu pour lui. Le prédicateur a été plus occupé de son exposé que du pécheur, plus préoccupé de son sujet que des âmes.
C’est une grave erreur, dans laquelle nous tous, moi en tout cas, tombons facilement. Je la déplore profondément, et désire sincèrement la corriger. Et je me demande même si ce ne serait pas précisément la raison de notre manque de fruit. Je ne devrais peut-être pas dire « notre manque », mais « mon manque ». Je ne pense pas, sachant ce que je connais de votre ministère, que cette erreur puisse vous être imputée. Cependant, c’est vous qui serez le meilleur juge. Mais je suis certain d’une chose, c’est que l’évangéliste qui portera le plus de fruits sera celui qui gardera ses yeux fixés sur le pécheur, celui dont le cœur désirera le salut des âmes, celui dont l’amour pour les âmes précieuses confine à la passion. Ce ne sera pas celui qui exposera le plus de vérités, mais celui qui soupirera après les âmes, qui aura le plus de fruits dans son ministère.
J’affirme cela, tout en reconnaissant clairement que la Parole est le grand instrument du travail de la conversion. Ce fait ne doit jamais être perdu de vue, jamais affaibli. Peu importe l’instrument utilisé pour creuser le sillon, la forme que peut revêtir la Parole, le moyen par lequel elle peut être transmise ; c’est seulement par « la Parole de la vérité » que les âmes sont engendrées.
C’est une vérité divine que nous devrions toujours avoir à l’esprit. Mais ne constatons-nous pas souvent que ceux qui entreprennent de prêcher l’Évangile, tout particulièrement s’ils restent au même endroit, quittent facilement le domaine de l’évangéliste, domaine béni s’il en est, pour entrer dans celui du docteur. Je le déplore et le désapprouve complètement. Je sais que je suis moi-même tombé dans cette erreur, et je le regrette amèrement. Je vous écris librement et en toute affection : Le Seigneur m’a récemment fait réaliser beaucoup plus profondément l’immense importance d’une fidèle prédication de l’Évangile. Je ne rabaisse pas, que Dieu m’en garde, la valeur du travail d’un docteur ou d’un pasteur. Je crois que, là où il se trouve un cœur qui aime Christ, il sera heureux de nourrir et de soigner les précieux agneaux et brebis du troupeau de Christ, ce troupeau qu’Il a acquis par Son propre sang.
Mais les brebis doivent être rassemblées avant qu’elles puissent être nourries ; et comment peuvent-elles être rassemblées sinon par une prédication fidèle de l’Évangile ? C’est le noble travail de l’évangéliste d’aller sur les sombres montagnes du péché et de l’erreur, de sonner la trompette de l’Évangile et de rassembler les brebis. Je suis convaincu que la meilleure manière d’accomplir ce travail sera, non pas une exposition élaborée de vérités, ni des méditations, même claires, précieuses et instructives, ni de beaux exposés de vérités prophétiques, dispensationnelles, ou doctrinales, de toute valeur et importantes à leur place, mais la présentation fervente et sérieuse de ce qui touche directement les âmes immortelles : paroles d’avertissement, appels solennels, plaidoyers sincères sur la justice, la tempérance et le jugement à venir, annonce, bien faite pour réveiller, de la mort et du jugement, de l’effrayante réalité de l’éternité loin de Dieu, de l’étang de feu et du ver qui ronge et ne meurt pas.
En résumé, cher ami, je suis frappé de voir combien nous avons besoin de prédicateurs qui réveillent les âmes. J’admets que l’on trouve dans la Parole aussi bien l’enseignement de l’Évangile, que la prédication de l’Évangile. Par exemple, en Romains 1 à 8, Paul enseigne l’Évangile alors qu’en Actes 13 ou 17 il le prêche. Prêcher l’Évangile est de la plus grande importance, en tous temps, car un certain nombre d’âmes travaillées sont présentes à nos prédications publiques, et elles ont besoin d’un Évangile libérateur, complet, clair, élevé, l’Évangile de la résurrection.
Cela dit, je continue à croire que ce qui est nécessaire pour qu’une évangélisation porte du fruit, ce n’est pas tant une grande quantité de vérités, qu’un amour fervent pour les âmes. Voyez le célèbre évangéliste Georges Whitefield. Quel était le secret de son succès ? Vous avez sans doute examiné ceux de ses sermons qui ont été imprimés. Y avez-vous trouvé un grand déploiement de vérités ? Je dois dire que j’ai plutôt été frappé du contraire. Mais il y avait en Whitefield ce que vous et moi ferions bien de désirer ardemment avoir et cultiver. Il avait un amour brûlant pour les âmes, une soif de leur salut, une puissante action sur leur conscience. Avec hardiesse, il plaçait solennellement les gens face à face avec leur conduite passée, leur situation présente et leur destinée future.
Voilà ce que Dieu reconnaissait et bénissait ; et il le fera encore maintenant. Je peux dire, sous le regard de Dieu, que si nos cœurs désiraient avec ardeur le salut des âmes, Dieu nous utiliserait dans ce travail divin et glorieux. Mais d’autre part, si nous nous abandonnons aux influences desséchantes d’un fatalisme froid, sans cœur et sans Dieu ; si nous nous contentons d’un évangile formel et conventionnel, c’est très triste. Si, pour employer une expression familière, notre prédication est basée sur le principe de « c’est à prendre ou à laisser », avons-nous besoin de nous étonner de ne pas voir de conversions ? Nous aurions plutôt de quoi nous étonner s’il y en avait.
Je suis convaincu que nous avons besoin de méditer sérieusement ce grand sujet pratique. Il requiert l’attention calme et solennelle de tous ceux qui sont engagés dans ce travail. Il y a des dangers de tous côtés. Mais je ne puis pas concevoir qu’un chrétien soit satisfait en négligeant sa responsabilité de rechercher des âmes. Quelqu’un pourrait dire : « Je ne suis pas un évangéliste, ce n’est pas mon domaine, je suis plutôt un docteur ou un pasteur ». Bien, je comprends cela. Mais qu’un docteur ou un pasteur puisse avancer sans rechercher ardemment les âmes, cela je ne puis l’admettre un seul instant.
Bien plus, quel que soit le don de quelqu’un, ou même s’il n’en avait aucun de marquant, cela n’a pas la moindre importance : il peut, il doit entretenir l’ardent désir d’amener des âmes au salut. Même si on ne fait pas partie des pompiers, est-il normal de passer à côté d’une maison en feu sans donner l’alarme ? Même si nous ne commandons pas un bateau de sauvetage, ne devons-nous pas chercher à sauver un homme qui se noie ? Quel homme dans son bon sens prétendrait le contraire ? Ce serait monstrueux ! Ainsi, ce n’est pas tant le don ou la connaissance des vérités qui est nécessaire, mais un amour profond et sincère pour les âmes, un sentiment intense du danger qu’elles courent, et le désir de leur délivrance de la perdition.
Toujours, cher A—, votre compagnon d’œuvre très affectionné.
Charles Henry Mackintosh
145, Avenue du commerce, quartier Tshinsambi, commune de Kananga (Kasaï-Central, RD Congo)
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