33ème COMMUNAUTE EVANGELIQUE REGION SANKURU

33ème C.E.R.S

B.P. 1673 KANANGA

"Sur ce roc je bâtirai mon assemblée,..." Matthieu 16v18

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Lettres à un Évangéliste
Lettre 1

Travail individuel

Cher A

J’ai recherché ces temps derniers, à travers les Évangiles et les Actes, les différentes mentions du travail d’évangélisation. Cela m’a beaucoup intéressé et je crois que cela m’a été profitable. Il m’a semblé qu’il serait peut-être opportun de vous présenter, comme à quelqu’un qui s’occupe beaucoup de ce travail béni, quelques-unes des pensées qui me sont venues à l’esprit. Je me sentirai beaucoup plus libre de cette manière que si j’écrivais un traité formel.

Avant tout j’ai été frappé de la simplicité avec laquelle l’évangélisation était menée au début, si différemment de ce qui se fait parmi nous. Il me semble qu’aujourd’hui nous sommes bien trop gênés par des règles conventionnelles, trop enchaînés par les habitudes de la chrétienté. Nous manquons de sens spirituel, ne sachant pas nous adapter aux situations que Dieu place devant nous. Nous nous imaginons que, pour évangéliser, il doit y avoir un don spécial ; et que même quand il y a ce don spécial, il doit y avoir beaucoup de conventions et d’arrangements humains. Quand nous parlons de faire le travail d’un évangéliste, nous avons à l’esprit, pour la plupart d’entre nous, de grandes salles publiques, des assistances nombreuses, pour lesquelles il faut un don et une puissance d’élocution considérables.

Il est bien certain que, vous comme moi, nous croyons que, pour prêcher l’Évangile en public, il doit y avoir un don spécial du Chef de l’Église ; et de plus, nous croyons, selon Éphésiens 4:11, que Christ a donné et donne encore des évangélistes. C’est clair, si nous nous laissons guider par l’Écriture. Mais je trouve dans les Actes et dans les Évangiles qu’une grande part du travail béni d’évangélisation a été accompli par des personnes qui n’étaient pas du tout spécialement douées, mais qui avaient un amour sincère pour les âmes, et un sens profond de la valeur précieuse de Christ et de Son salut. Et, de plus, je trouve, dans ceux qui étaient spécialement doués, appelés et désignés par Christ pour prêcher l’Évangile, une simplicité, une liberté et une absence d’apprêt dans leur manière de travailler, que je désire beaucoup pour moi-même et pour tous mes frères.

Examinons un peu l’Écriture. Prenons cette merveilleuse scène de Jean 1:36 à 45. Jean rend témoignage à Jésus de tout son cœur : « Voilà l’Agneau de Dieu !». Son âme était uniquement occupée par l’Objet glorieux. Quel en fut le résultat ? Deux disciples l’entendirent et suivirent Jésus. Et après ? L’un des deux qui avaient entendu Jean parler et qui avaient suivi Jésus, était André, le frère de Simon Pierre. Et que fait-il ? Il alla d’abord trouver son frère Simon, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie, (ce qui, interprété, est Christ). Et il le mena à Jésus » (v. 42). Et aussi : « Le lendemain... Jésus trouve Philippe, et lui dit : Suis-moi.... Philippe trouve Nathanaël, et lui dit : Nous avons trouvé celui duquel Moïse a écrit dans la loi et duquel les prophètes ont écrit, Jésus le fils de Joseph... Viens et vois » (v. 44-46).

Voilà la manière de faire après laquelle je soupire ardemment : un travail individuel dans lequel on peut être conduit à arrêter une personne qui passe sur notre chemin, à chercher notre propre frère pour l’amener à Jésus. Je suis convaincu que nous manquons en cela. C’est très bien de rassembler des foules, et de leur adresser un message, selon que Dieu en donne la capacité et l’occasion, et ni vous ni moi ne voudrions écrire un seul mot qui rabaisserait la valeur d’un tel travail. Louez des salles, des locaux, des théâtres, distribuez des invitations, ne négligez pas un seul moyen légitime de répandre l’Évangile ! Cherchez à atteindre les âmes le mieux possible ! Loin de moi l’idée de décourager quiconque cherche à contribuer ainsi à l’Œuvre.

Mais n’avez-vous pas le sentiment que nous avons davantage besoin de travail individuel, de plus d’entretiens particuliers, sérieux, personnels avec les âmes ? Ne pensez-vous pas que si nous avions plus de « Philippe », nous aurions plus de « Nathanaël » ? Si nous avions plus d’« André », nous aurions plus de « Simon » ? Je ne puis m’empêcher de le croire. Il y a une puissance extraordinaire dans un appel personnel sincère. N’avez-vous pas remarqué que souvent, c’est à la fin d’une prédication publique, lorsque commence le travail d’approche personnelle, que des âmes sont touchées ? Comment se fait-il alors qu’il y ait si peu de ce dernier travail ? N’arrive-t-il pas souvent, dans nos prédications publiques, qu’après que le message ait été donné, qu’on ait chanté un cantique et adressé une prière à Dieu, tout le monde se disperse sans aucun effort pour faire un travail individuel ? Je ne parle pas ici du prédicateur qui, lui, ne peut pas atteindre tout le monde, mais du grand nombre de chrétiens qui l’ont écouté. Ils ont vu des étrangers entrer dans la salle, ils se sont assis à côté d’eux, ils ont, peut-être, remarqué leur intérêt, vu des larmes couler, et pourtant ils les ont laissé partir sans aucun effort d’amour pour les atteindre ou pour continuer le bon travail.

Bien sûr, on pourrait dire : « Il vaut beaucoup mieux laisser l’Esprit de Dieu poursuivre Son propre travail. Nous pourrions faire plus de mal que de bien. Et, de plus, les gens n’aiment pas qu’on leur adresse la parole. Ils trouveront cela indiscret, et se détourneront tout à fait ». Il y a beaucoup de vrai dans cette remarque, j’en suis bien conscient. Il est à craindre que de grandes erreurs ne soient commises par des personnes malavisées qui s’introduisent sur le terrain personnel et sacré des exercices profonds de l’âme avec Dieu. Cela demande du tact et du discernement ; en un mot, cela demande une action directe du Saint Esprit qui rende capable de s’occuper des âmes, pour savoir à qui parler, et ce qu’il faut dire.

Ceci admis, en règle générale, quelque chose nous manque lors de nos prédications publiques. N’y a-t-il pas un manque de cet intérêt profond, personnel, plein d’amour pour les âmes, intérêt qui s’exprimera de mille manières et agira puissamment sur le cœur ? Je confesse que j’ai été souvent peiné par ce que j’ai vu dans des réunions d’évangélisation : des étrangers entrent, et on les laisse trouver un siège où ils peuvent. Personne ne semble penser à eux. Des chrétiens sont là, mais ils bougeront à peine pour leur faire de la place. Personne ne leur offre de bible ou de cantique. Et quand la prédication est finie, on les laisse aller comme ils sont venus ; pas un seul mot affectueux pour leur demander s’ils ont apprécié la vérité qui a été prêchée ; pas même un regard aimable qui pourrait gagner la confiance et engager la conversation. Au contraire, il y a une réserve glaciale équivalant presque à de la répulsion.

Tout cela est très triste. Peut-être me direz-vous que la description que je fais est exagérée. Hélas ! Elle n’est que trop vraie. Et ce qui la rend plus déplorable encore, c’est que l’on reconnaît que beaucoup de personnes fréquentent nos salles d’évangélisation et de réunions avec un profond exercice, et qu’elles n’ont que le désir d’ouvrir leur cœur à quelqu’un qui pourrait leur apporter un petit conseil spirituel ; mais, par timidité, réserve, nervosité, elles hésitent à faire le premier pas, et n’ont plus qu’à retourner chez elles, dans leur chambre, dans leur solitude et leur tristesse, pour pleurer toutes seules parce que personne ne prend soin de leur âme précieuse. Pourtant, je suis persuadé qu’on remédierait à tout cela si les chrétiens qui assistent aux réunions d’évangélisation étaient davantage à la recherche des âmes : s’ils y assistaient, non pas tellement pour leur propre intérêt que pour être des collaborateurs de Dieu, en cherchant à amener des âmes à Jésus.

Il n’y a pas de doute qu’il est très rafraîchissant d’entendre l’Évangile prêché pleinement et fidèlement, mais ce ne le serait pas moins si en plus on était profondément intéressé par la conversion des âmes, et si on faisait de ferventes prières à Dieu à ce sujet. En outre, cela ne gênerait en rien la jouissance et le profit personnel des croyants que de cultiver et de montrer un intérêt vivant, affectueux, pour ceux qui les entourent, et de chercher, à la fin de la réunion, à aider ceux qui peuvent en avoir le besoin et le désir. Cela marque fortement le prédicateur, la prédication et toute la réunion, lorsque les chrétiens qui y assistent prennent réellement à cœur leurs hautes et saintes responsabilités envers Christ et envers les âmes. Cela donne un ton, une atmosphère qui doivent être ressentis pour pouvoir être compris ; mais quand on les a une fois ressentis, on peut difficilement s’en passer.

Mais hélas ! Combien souvent il en est autrement ! Combien souvent c’est triste, froid, décourageant de voir tout le monde se disperser au moment où la réunion est finie ! Pas de groupes s’attardant affectueusement et se rassemblant autour des nouveaux convertis ou de ceux qui pourraient être dans l’anxiété. Il y avait là des chrétiens âgés et expérimentés, mais au lieu d’attendre, avec la ferme espérance que Dieu pourrait, dans Sa grâce, se servir d’eux pour dire un mot opportun à celui qui est chargé, ils se précipitent dehors comme si c’était une question de vie ou de mort qu’ils soient rentrés chez eux à une certaine heure.

Ne supposez pas que je veuille instaurer des règles pour mes frères. Loin de moi cette pensée ! J’épanche simplement, librement, les pensées de mon cœur. Je suis persuadé qu’il y a là une lacune. Je suis convaincu qu’aucun chrétien n’est en bon état s’il ne cherche pas, d’une manière ou d’une autre, à amener des âmes à Christ. Et, sur le même principe, aucune assemblée de chrétiens n’est dans un bon état si elle n’est pas profondément évangélique. Nous devrions tous être à la recherche des âmes ; et alors, il est certain que nous verrions des résultats encourageants. Mais si nous nous satisfaisons de ne voir jamais aucun fruit, aucune conversion, de semaine en semaine, de mois en mois, et d’année en année, notre état est vraiment lamentable.

Mais il me semble vous entendre dire : « Où sont les passages de l’Écriture que vous deviez citer ? Où sont les nombreuses citations des Évangiles et des Actes ?». J’ai simplement jeté sur le papier les pensées qui ont occupé mon esprit depuis pas mal de temps ; et maintenant, la place me manque pour continuer. Mais si vous le désirez, je vous écrirai une seconde lettre sur ce sujet. En attendant, puisse le Seigneur, par Son Esprit, nous rendre plus sérieux dans la recherche du salut d’âmes immortelles, par tout moyen légitime ! Puissent nos cœurs être remplis d’un authentique amour pour les âmes précieuses, et alors nous serons sûrs de trouver des moyens et des chemins pour les atteindre !

Je reste, croyez-moi, mon bien cher A, votre compagnon d’œuvre profondément attaché.

Charles Henry Mackintosh

145, Avenue du commerce, quartier Tshinsambi, commune de Kananga (Kasaï-Central, RD Congo)

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